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Une vie, Peris Iérémiadis - par Stavros Dioskouridis, 2008.

 


Article de presse, LIFO 06-12/03/2008
(traduction de Paraskevi Vicky Haut)                                                                                                            

                                                                                                                      

Péris Iérémiadis, peintre et artiste plasticien, qui a trouvé ses outils dans les matières premières, « un artisan efficace de facture ancienne », est mort le 12 mai 2007, à l’âge de 68 ans.

Athènes n’est que sécheresse. Pas la moindre feuille verte. Pourtant, autour de la chapelle d’Agios Elevtherios (à côté de la cathédrale Mitropolis), qui mériterait qu’on la voie, on trouve une jungle de feuillages. « L’Amazonie » disait Péris Iérémiadis, à chaque fois qu’il passait à côté.  Il avait fait de nombreuses démarches pour la «libération» de l’église, construite en pierres anciennes et il est vrai qu’aujourd’hui, on peut l’admirer de tous côtés. Adorateur de l’environnement naturel.

« Le petit paysage, la vue de notre voyage. Un peu de mer et quelques petites montagnes. Comment peut bien être ce petit paysage qui montre à quel point nous sommes fuyants… ». Adorateur aussi des architectures populaires, le peintre et plasticien Iérémiadis a toujours voulu résister à l’altération de tout ce qui est beau, altération dont souffre la société moderne. Il est né à Athènes, le 15 juin 1939. Son père, Miltos, était originaire de Boursa, en Asie Mineure, et il était  l’un des membres fondateurs de l’Alliance sportive de Constantinople (AEK). C’est de là que Peris tint une relation particulière au sport, d’abord comme sportif, mais aussi comme redoutable commentateur des matchs football et pas seulement.  Derrière chaque passe, il distinguait la mentalité, la culture, les passions intimes et les complots de chaque nation.

Il a voyagé très jeune en Afrique, au Cameroun, où il a suivi ses premières classes d’école primaire. Il a souffert de diverses maladies, allant jusqu’au typhus. De retour en Grèce, il a fini ses études secondaires, à l’école Chadzikis. En 1957, il a de nouveau quitté la Grèce pour Paris. Il a étudié à l’école des Beaux-Arts, section peinture. Il était familier des imprimeries, où un autre grand Grec, Tériade, imprimait le journal « Verve »; il y parlait de philosophie et d’art, sujets qui ne cessèrent jamais de le passionner. Il a vécu à Paris environ 11 ans, travaillant comme dessinateur dans des bureaux d’architectes ou d’ingénieurs en bâtiment. C’est à Paris qu’est né son premier enfant, Katina. Puis, il s’est installé en Allemagne, où il a vécu deux ans dans la banlieue de Francfort, en compagnie de Giouli Deligianni. Ses descriptions de la Forêt Noire sont devenues célèbres. Avant de rentrer définitivement en Grèce en 1972, il a également passé huit mois à Rome. De retour à Athènes, il aura un deuxième enfant, Miltos. Pendant de nombreuses années, il a gagné sa vie en tant que collaborateur dans différents bureaux d’architectes, en travaillant dans la décoration, ainsi que pour des maisons d’édition (éditions d’art, cartes). Passé maître dans le choix des couleurs, il a mis en pratique son talent au sein de chaines hôtelières, et aussi de grands domaines monastiques comme Ormila, en Chalcidique. Il s’est particulièrement consacré à l’œuvre de deux artistes, Giannoulis Chalepas et Dimitri Pikionis. Il a dirigé une édition recherchée sur l’œuvre de Giannoulis Chalepas et en 2005, il a organisé une exposition sur son œuvre, à la Fondation de la Culture de Tinos.

Il a exposé assez tard (en 1977 et en 1979) de petits croquis à la galerie « Nouvelles Formes ». Sa première grande exposition personnelle a eu lieu en 1982 dans la même galerie.  Cette exposition fut suivie de nombreuses autres : à la galerie Ionis (1989-1991), à l’Institut Français du Pirée, à la galerie Astra (1993, 1995, 2004, 2006) et sa dernière, en janvier 2007, au Art Gallery Café, dans le quartier de Voula.

L’artiste lui-même ne souhaitait pas être classé dans un quelconque courant artistique. Il détestait cette manière de faire. Il trouvait son inspiration dans des petits morceaux de vie. La nature, les barques, les figures de Saint-Georges, les fleurs, et d’autres choses simples, des sujets tangibles, qui expriment l’indissoluble cohérence avec l’élément grec, voilà ce qui constituait les thématiques de ses œuvres. « Au lieu d’enfermer les choses dans une composition parfaite (…) Iérémiadis les expose à ce qui les brûle et les fait naître » écrit Ilias Papagianopoulos. « Un artisan efficace de facture ancienne qui s’offre à nous dans les grosses carcasses des caïques, dans les calligraphies antiques, dans les figures festives de la plénitude éternellement recherchée, dans les sobres cartes populaires, dans l’esprit ornemental des grandes civilisations spirituelles » a complété Antonis Zervas. La peinture de Péris Iérémiadis, « petite », «terrienne, fondamentale, réaliste, donne un sens à la chose picturale elle-même , à l’action, au récit et à son objet également » relève Nikos Xydakis, et pour finir avec les mots de Iérémiadis lui-même : « La vie dure le temps d’une rafale. Comment pourrait-on représenter l’espace, c'est-à-dire le temps. C’est pourquoi il ne reste que la cassure, ou alors on fait quelque chose de complètement immobile, replié sur soi-même… ».

En dehors de son œuvre picturale, il a eu de nombreuses collaborations avec des maisons d’édition. Il a illustré de ses dessins le numéro de Palamas (no 14) « Ekivolos ». Il a dessiné le logo de la maison d’édition Rodakio et du Théâtre Sfendoni, dont il a aussi « peint », pour  la représentation « Un peu tout » de son bien aimé  Karagioz, les décors et les costumes; il a également illustré les « Traductions » de Kariotakis. Dès 1995, il devient l’âme artistique de la revue ‘Erourem’ (plus tard ‘Indiktos’) et il a étroitement collaboré avec l’éditeur de Indiktos, Manolis Velitzanidis.

Il passait ses étés dans un cabanon de berger, dans l’île déserte des Petalion en Eubée, Robinson des temps modernes, se battant avec les vipères et les chats sauvages. Il a passé la dernière année de sa vie dans la région de Vlachydès, à Égine, aux côtés de Sofia Skoura.  Loin des histoires à dormir debout qu’on racontait à son propos, par exemple qu’il faisait bouillir ses chaussures pour en assouplir le cuir et qu’il se cousait des chemises en toile de matelas ou à partir de sacs à farine, pour avoir du coton véritable, la leucémie l’avait beaucoup fatigué. Il ne dessinait plus que avec de la terre. Il n’a jamais voulu de traitement médical. « Dans mes couleurs, je ne mets aucun produit chimique », disait-il, « j’en mettrais dans mon corps ? ». Il avait toujours considéré que « le plus grand devoir de l’homme était sa rencontre avec la mort ». Cette « rencontre » a eu lieu le 12 mai 2007. A l’enterrement du peintre, ses nombreux amis et parents, ont confondu deux églises et certains ont commencé par suivre la procession d’un autre. Les sourires ont rompu l’émotion, et la réplique a fusé « c’est bien du Péris, ça ! ».

Péris Iérémiadis, laisse derrière lui, une fille, Katina, qui vit à Paris et un fils, Miltos, résidant à Athènes.

 

 

 Revue de presse

 

 

 

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