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Péris Iérémiadis /Πέρης Ίερεμιάδης peintre et plasticien grec (1939-2007)
K. Iérémiadis, fille du peintre et Présidente de l’Association 
(à partir de témoignages et du journal de Péris Iérémiadis) 
 1- «Dans la peinture, la profondeur de la vie» / «Στη ζωγραφιά, το βάθος της ζωής» 2- «L’éloge de l’artisanat traditionnel» / «τό τραγούδι τοΰ λαϊκοΰ χειροτέχνήματος» 3- «Un peintre ancien et moderne» 4- «Le noble des couleurs» / «Ο ευγενής των χρωμάτων»
Péris Iérémiadis (1939-2007) a fait ses études de peinture à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris durant les années soixante, avant de retrouver sa Grèce natale en 1972, non sans un détour par l’Allemagne et l’Italie. 
Il vivait et travaillait à Athènes. Il a régulièrement exposé ses œuvres, le plus souvent dans des galeries (Athènes, Thessalonique, Larissa, Egine, Péloponnèse, etc.), ou encore à l’Institut Français d’Athènes. Ses expositions sur les barques, les fleurs et les Saint-Georges entre 1995 et 2006, ont été saluées comme des événements culturels importants à Athènes et ont donné lieu à des publications comme Le chevalier, le cheval, le dragon- Les Saint-Georges de Péris Iérémiadis, par Lambros Kampéridis, 2010. 

Mais Péris Iérémiadis a aussi mis son art au service de nombreux et divers projets d’architecture, de théâtre ou encore d’éditions (recueils de poèmes, livres sur le sculpteur Yannoulis Chalépas et l’architecte Dimitris Pikionis, revues littéraires et philosophiques, Synaxaire ou la vie des saints, etc.). 
 Il est toujours resté fidèle à sa démarche résolument personnelle et à son engagement spirituel.
Son œuvre a trait à plusieurs thèmes transversaux comme : art antique, art judéo-chrétien, art populaire, mathématique et art, la symbolique, le paysage, la ligne, la couleur, l’illustration de livres, la nature, la miniature, la calligraphie, l’ombre et la lumière, les règnes, les éléments, le médium terre, les pigments, le dessin, etc.
1- «Dans la peinture, la profondeur de la vie» / «Στη ζωγραφιά, το βάθος της ζωής» 
Présenté par Spyros Yannaras, son jeune ami écrivain, comme « l’homme pauvre le plus riche qu’il nous ait été donné de connaître » (cf.*1), Péris Iérémiadis était en effet connu pour sa simplicité, une sorte de dépouillement volontaire et pour lui même l’unique voie vers la liberté; une voie semée d’écueils, mais suivie obstinément dans sa vie comme dans son art, celle d’un homme détaché de tout bien matériel, qui ne voulait rien « posséder » autrement que par la connaissance, ses yeux et ses mains, un homme résolument du côté de l’Etre. Un contemplatif humble et pudique, rechignant à se donner un titre et à prendre la parole sur sa propre peinture, marchant dans les pas de ses maîtres dont il soulignait les propos dans ses livres: « Il n’est en art qu’une chose qui vaille : celle qu’on ne peut expliquer » (G. Braque, cf. *2). « Vous voulez faire de la peinture ? Avant tout il vous faut vous couper la langue, parce que votre décision vous enlève le droit de vous exprimer autrement qu’avec vos pinceaux ». (H. Matisse, cf. *3).
 Pour le reste, Péris Iérémiadis se confiait à son carnet ou aux initiés, ces « (…) rares promeneurs du soir, à l’heure où la lumière s’étiole » (N. Panayiotopoulos, cf. *4) : « 10.05.2006 […] Στη ζωγραφιά (θα ‘λεγε κανείς στη γραφή της ζωής;) πουθενά δεν βρίσκεται εκείνο που μπορεί να χαρακτηριστεί «επουσιώδες». Το βάθος της ζωής. / [...] Dans la peinture (pourrait-on dire dans l’écriture de la vie ?), on ne trouve nulle part ce qu’on pourrait qualifier de « mineur ». La profondeur de la vie ». (P.Iérémiadis, journal intime) Manolis Velitzanidis, éditeur, compare son œuvre au « rythme des chantres » (cf. *5), et Ilias Panayotopoulos, philosophe et ami du peintre, développe ainsi la métaphore : « Le chant propre » de la série des Saint-Georges, c’est « le moment où nous écoutons un musicien inspirer l’air (le monde, la vie) et l’instant d’après l’expirer dans son instrument à vent transformant l’air (le monde, la vie) en dialogue et beauté : recevoir et, suite à une potentielle affirmation spontanée, achever la cérémonie en tant que création. Une présence qui inspire le destin et expire le beau : cette dualité fondamentale de la respiration humaine, tisse ensemble les fils de l’œuvre. » (cf. *6) Dans un dialogue imaginaire, Péris Iérémiadis lui répondrait peut-être ce qu’il confiait à Stamatis Mavroïdis, en Avril 2006, à la même période :
« Devant tout ce qui est important, il ne faut ni le dessiner ni nous laisser entraîner loin de sa séduction. C’est seulement quand on a réussi à l’approfondir que l’on comprend sa valeur et ce qu’il apporte vraiment. C’est cela qui nous intéresse vraiment, et non pas le plaisir que procure son dessin. D’ailleurs celui qui a créé cet objet, ne l’a pas créé pour en faire un objet de délectation, mais il l’a fait par nécessité. Les grandes œuvres sont le fait de la nécessité, ce sont les œuvres d’hommes terriblement poussés par la misère et les privations mais qui pouvaient pourtant chanter… Et leur chant relève du drame, c’est là leur expression. Si l’on voit donc ces choses schématiquement, on affaiblit, on émascule le drame, on n’en voit que l’apparence superficielle.(…)
Depuis plusieurs années, ce que je cherche à faire consiste à exprimer quelque chose qui n’est peut-être pas bien défini, mais qui est pourtant bien concret. Je veux l’exprimer à grands traits et non en détails. La précision dans les détails conduit au bavardage, à la rhétorique et à l’ostentation. Le problème consiste à tirer le suc des choses, et non pas à les photographier. Un très grand théologien, saint Grégoire Palamas, a dit que « la qualité est passive et non pas active ». Pourquoi ? Parce qu’elle te communique quelque chose, alors que si elle était active, elle te répondrait. Quand quelqu’un ou quelque chose réussit à avoir de la qualité, on reconnaît qu’il est passif. Je n'ai pas la mine d'un homme d'action ! Par conséquent, dans cette passivité, on ne peut pas tout sauver, mais seulement ce qui a de l’épaisseur, peu de chose, grossièrement. Dans le langage courant, grossier désigne une grossièreté. Pourtant le dictionnaire définit ce qui est gros comme quelque chose de consistant, d’intense, de fort, quelque chose qui a été condensé, qui dit tout en peu de mots. Est grossier ce qui peut contenir, en fin de compte, même le destin. Toutes les grandes œuvres nées dans la poésie n’apportent pas des réponses négatives, mais des interrogations. Elles résultent du malheur de l’homme et des questions qu’il se pose. » (cf. *7) La quête de l’artiste est quête de soi et de vérité: « Son œuvre s’enracine dans tout ce qu’il a créé….en lui » (M. Velitzanidis, cf. *5). P.I. « vivait de sa peinture » au sens profond de l’expression : elle (et l’art) était sa cuirasse, son refuge, son creuset de beauté et de sagesse, lieu de transmutation, planche de salut, sa chair, sa charpente, son âme, son mode de subsistance aussi bien matérielle que spirituelle. Il veillait sur elle, comme on veille son enfant, son foyer : « Οι σκόνες μου οι κοιμισμένες στα βάζα. / Mes pigments endormis dans les pots… » (P. Iérémiadis, cf. *8). Tout « productivisme » le rebutait et il limitait volontairement le nombre de ses expositions. Son rapport à la peinture (au monde et à la vie) supplantait toute velléité de forte médiatisation et de marchandisation. La lumière ne se révèle qu’à l’intérieur du tableau, la « performance » n’existe que dans l’ombre des projecteurs, parce qu’elle est avant tout affaire de « nécessité intérieure » (Kandinsky). Bien que Péris Iérémiadis ait écrit un jour : «Τόση σκόνη τόση στάχτη τόσα χώματα τους δώσανε χαρά στην έκθεση /Toute cette poussière, toute cette cendre, toute cette terre leur ont donné de la joie dans l’exposition » (P. I. cf.*9).
« corps»
2004, « A Julie » (seconde épouse)
Sources : *1- Ο ζωγράφος Πέρης Ιερεμιάδις / Le peintre Péris Iérémiadis, Σπύρος Υανναράς / Spyros Yannaras, 2007 Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF)
*2- Le Jour et la Nuit : Cahiers de Georges Braque, 1917-1952, Georges Braque, Ed. Gallimard, 1952, p.12 - citation soulignée par P.I. *3- Henri Matisse, Ecrits et propos sur l’art, par D. Fourcade, Ed. Hermann, p.190- citation soulignée par P.I.
*4- Σημείωμα για την εργασία του Πέρη Ιερεμιάδη / Notes sur l’oeuvre de Péris Iérémiadis, Νίκος Παναγιωτόπουλος / Nikos Panayiotopoulos, Φιλοπάππου / Philopappou, 2004. Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF) In English > (PDF)
*5- Για τον Πέρη / A Péris, Μανώλης Βελιτζανίδης / Manolis Velitzanidis, Ίνδικτος τεύχος 21 / revue Indiktos n°21, Athènes, 2006, p. 323, 324. Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF) Auf Deutsch > (image)
*6- Σημείωμα για την έκθεση ζωγραφικής του Πέρη Ιερεμιάδη / Notes sur les peintures de Péris Ieremiadis, Ηλίας Παπαγιαννόπουλος / Ilias Papayannopoulos (Professeur de Philosophie, Athènes), 2006- version grecque, version française, version allemande. Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF) Auf Deutsch > (image) In English > (PDF)
*7- Για τον Πέρη Ιερεμιάδη / Pour Péris- Σταμάτης Μαυροειδής / Stamatis Mavroeidis, Αυγή / Journal Aube, Απριλίου / avril 2006. Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF)
*8- Ημερολόγιο / Journal intime, Πέρης Ιερεμιάδης / Péris Iérémiadis, 20/09/2005. *9- Ημερολόγιο / Journal intime, Πέρης Ιερεμιάδης / Péris Iérémiadis, 10/05/2006. *10- Ημερολόγιο / Journal intime, Πέρης Ιερεμιάδης / Péris Iérémiadis, 20/10/2005.
2- « L’éloge de l’artisanat traditionnel » / « τό τραγούδι τοΰ λαϊκοΰ χειροτέχνήματος » 
Pour introduire l’exposition de 2004, Nikos Panayotopoulos dépeint l’œuvre de Péris Iérémiadis comme « un travail pictural unique en son genre », « une œuvre unique qui se tisse autour de deux axes principaux, le premier est le chant de l’artisanat traditionnel, le second l’essence profonde des enseignements de Pikionis ». (cf. *1)
L’imagerie populaire est à la base de nombreux travaux préparatoires et d’œuvres (par exemple le thème des fleurs, celui des Saint-Georges). Péris Iérémiadis l’observe de près et l’admire dans un éventail très élargi et hétéroclite de modes d’expression qui, souvent, continuent de transmettre des symboles ancestraux et religieux de manière plus ou moins explicite : figures du théâtre d’ombres de Karaghiosis, costumes, bijoux, broderie, tissage, vannerie, dentelle, céramique, cartes à jouer, boîtes d’allumettes, crosses de berger, coffres de mariés peints et sculptés, quenouilles sculptées, cages à oiseaux (vides bien sûr…), outils patinés, etc. Il collectionne des objets, le plus souvent des objets mis au rebut ou rapportés de ses voyages : cape de berger grec en poils de chèvre, cagette de fruits égyptienne, gourde de bois sculptée, kourelou (« κουρελού » : tapis tissés à partir de bouts de tissus), dont il admire les subtiles associations de nuances (Péris Iérémiadis préférait les anciens), chaises (les chaises abandonnées dans les rues de son quartier sont « sauvées » et mises à l’abri dans sa cave !), etc.
Karaghiosis
Klephte
« […] Είδα αυτά που μάζευα χρόνια, τα μικρούλια, τα τυχαία, τα σημαίνοντα. [...] J’ai vu ce que je ramassais depuis des années, les babioles, les objets du hasard, les choses importantes ». (P.Iérémiadis, 11 février 2007). Péris Iérémiadis est un défenseur obstiné du geste qui réunit chez l'artisan à la fois le rêveur et le réalisateur, le geste qui le rend maître du processus entier de sa création, mais qui lui vaut aussi d’être mis au ban par la société industrielle. Les objets de l’art populaire, reconnus surtout une fois qu’ils sont « morts », nous renvoient pourtant aux sources vitales de la créativité humaine, au travail originel de la main de l’homme rêvant l’objet qui deviendra son compagnon de route dans ses activités quotidiennes. La fraîcheur du geste, parfois comparable à celle d’un enfant, le séduit car, étrangère aux canons établis, elle se fonde avant tout sur une rencontre onirique avec la matière, véritable creuset de son jaillissement.
Gaston Bachelard : « (...) de grands rêves élémentaires viennent s’unir dans une âme simple et lui donner une grandeur de démiurge. Enlevez les rêves, vous assommez l’ouvrier. Négligez les puissances oniriques du travail, vous diminuez, vous anéantissez le travailleur. Chaque travail a son onirisme, chaque matière travaillée apporte ses rêveries intimes. Le respect des forces psychologiques profondes doit nous conduire à préserver de toute atteinte l’onirisme du travail. On ne fait rien de bon à contrecœur, c’est-à-dire à contre-rêve. L’onirisme du travail est la condition même de l’intégrité mentale du travailleur. Ah ! vienne un temps où chaque métier aura son rêveur attitré, son guide onirique, où chaque manufacture aura son bureau poétique ! La volonté est aveugle et bornée qui ne sait pas rêver. Sans les rêveries de la volonté, la volonté n’est pas vraiment une force humaine, c’est une brutalité ». (cf.*2)
La quenouille est l'un des symboles "des arts domestiques et de l'habileté manuelle". Elle symbolise aussi "le déroulement des jours, le fil dont l'existence cessera de se tisser quand la quenouille sera vidée. C'est le temps compté, qui se passe inexorablement."(Dictionnaire des symboles, Chevalier et Gheerbrant, Ed. Lafont/Jupiter, 1982) Saint-Georges, patron des cavaliers et des fermiers (entre autres patronages). ci-contre, à droite : partie supérieure d'une quenouille en bois sculpté (figure de Saint Georges) - archives iconographiques de P.Iérémiadis.
Sources :
*1- Σημείωμα για την εργασία του Πέρη Ιερεμιάδη / Notes sur l’oeuvre de Péris Iérémiadis, Νίκος Παναγιωτόπουλος / Nikos Panayiotopoulos, Φιλοπάππου / Philopappou, 2004.
*2- La terre et les rêveries de la volonté, Gaston Bachelard, Ed. José Corti, 1948. *3- Eloge de la main, Henri Focillon, Ed. P.U.F., 6ème édition, 1996, p. 125.
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Et ce qui fait rêver à son tour l’artiste, ce n’est pas spécialement l’objet précieux et « ostentatoire », mais avant tout l’objet qui rend compte de ce rapport originel de l’homme avec le cosmos, avec la matière qui l’entoure, son miroir, et dans laquelle il laisse presque toujours spontanément son empreinte symbolique, très souvent une trace de sa relation au divin, dans une sorte de jaillissement libre. Cet artiste-là, issu d'aucune Académie, fait parfois preuve de génie, lorsqu’en quelques coups de canif et sans fioritures, il réussit à dire l’essentiel sur l'extrémité d’une quenouille. « Elle (la main) donne la poésie de l’exception aux objets familiers, aux habits de tous les jours ». (H. Focillon, cf.*3) "Saint-Georges", Péris Iérémiadis, années 2000. De la même façon, Péris Iérémiadis admire les murs des enclos de pierre sur les hauteurs de l’île de Syfnos, les plafonds d’algues des bergeries abandonnées du Sud de l’île de Pétali, les cordages endormis sur le pont des caïques, il décrypte les calligraphies inventées par les pêcheurs pour baptiser à la peinture marine leur compagne flottante, toutes ces choses qui font aussi rêver ses amis les poètes. L’œil et le cœur de Péris Iérémiadis accueillent avec bienveillance ces «formes d’art» non élitistes, façonnées par des artistes autodidactes, non experts, dont le geste et le choix du matériau témoignent d’une liberté qui constitue pour lui le fonds même de leur noblesse et de leur poésie, au sens archaïque du terme : ποίησις (poiêsis pour les Grecs signifie « création », du verbe poiein : «faire», «créer»).
3- «Un peintre ancien et moderne»
« La peinture de Péris Iérémiadis, de caractère populaire et moderne, relativement facile à comprendre, est délicieuse et douce… Elle dialogue avec la beauté. Mais ne nous y trompons pas : qu’elle soit belle ne signifie pas qu’elle soit facile. La peinture de Péris Iérémiadis rappelle et dévoile ses origines, elle exprime la tradition, mais n’est pas un retour complet vers celle-ci, elle ne copie pas dévotement : elle la prolonge, la réexprime, la réévalue. Disons-le, Iérémiadis est ancien et moderne, mêle Matisse et la peinture naïve, le motif populaire et Klee, sa peinture jaillit naturellement de l’optimisme indestructible de la modernité, il relit le passé et le réinvente de sa touche trèspersonnelle » (Nikos Xydakis, écrivain et homme politique cf. *1)
Péris Iérémiadis a une inclination profonde pour les œuvres du passé et par là-même imprégnées de spiritualité religieuse : stèles funéraires, ex-voto, icônes, fresques, mosaïques, architecture, objets de culte, etc. Il est constamment en dialogue avec cet héritage, par la pratique quotidienne du dessin, la fréquentation des sites archéologiques et religieux, et celle des auteurs qui ont accompagné et pensé les mutations de l’œuvre d’art tout au long de l’histoire orientale et occidentale. Pudique au naturel, il s’efface humblement derrière l’œuvre qui, par sa force intrinsèque, nous fait une offre, invite le spectateur à vivre (à inventer) une expérience, un moment esthétique. Libre à ce dernier de cheminer sur les voies sensibles ouvertes depuis si longtemps par nos ancêtres et inlassablement empruntées par l’artiste qui, si l'on adopte la langue de Gaston Bachelard, « retentit » aux « images poétiques » du passé et fait venir à nous « les cosmos oubliés » (cf. *2).
Pour Nikitas Hiotinis, écrivain, Péris Iérémiadis, invite à « replacer l’Art en tant que facteur dans l’aventure de la Pensée », (…) Il travaille consciemment et obstinément avec comme critère cette dimension historique de l’Art. Mais en plus, il n’a pas adhéré au mouvement de la « déconstruction », qui s’est répandu en Europe et en Amérique ; il comprend le grand tournant qui s’est accompli dans la Pensée, mais il le relie de façon magistrale au « dévoilement de notre être le plus profond », comme aurait dit Pikionis, ou, si vous préférez, il le voit avec les yeux de la Tradition, dans un pays qui, peut-être, le contenait déjà. » (cf. *3)
Pour Spyros Yannaras, écrivain et ami de P. Iérémiadis: 
« Péris Iérémiadis s’est efforcé de rendre aux choses le sentiment que nous avons perdu du sacré, redonnant ainsi un sens à l’art, comme à l’époque où l’art, selon Georges Duthuit, « parvenait à guider ceux qui disposaient de la sensibilité requise, par le plus court chemin, jusqu’au lieu le plus propice à la vie commune.». Les œuvres de Péris Iérémiadis constituent une tentative pour réintroduire l’art dans l’aventure de la recherche du sens, c’est-à-dire de sa transmutation, et donc de sa transformation en langage apte à révéler la vérité. Vérité de la beauté du monde, de l’harmonie et du dévoilement de la raison des choses, du rapport de la création au créateur, vérité évidente dans le cas de l’art grec antique et de l’art byzantin. Cette approche de l’art n’est possible que pour celui qui choisit de se tenir au carrefour d’une certaine tradition, qui considérera l’art et la création comme un don, en se plaçant lui-même non sur la base fragile de l’originalité, mais à l’extrémité d’une chaîne formée par la succession des créateurs. Elle n’est possible que pour l’artisan qui acquiert une sorte de vision de la réalité, une technique et finalement un art de vivre qu’il traduira dans son époque en enrichissant celle-ci et en enrichissant sa propre vie ». (cf.*4) Pour Lakis Apostolopoulos, écrivain et ami depuis l’époque parisienne, demeure l’image d’« un peintre heideggérien qui a quitté Paris pour s’isoler sur une montagne en Allemagne ». (cf.*5) Pour Antonis Zerbas, écrivain et ami de Péris Iérémiadis : 
« Il y a plusieurs manières d’être contemporain. Le modernisme de Péris puisait sa source dans des racines intemporelles. » (cf. * 5)
Fayoum
*2- La poétique de la rêverie, Bachelard, Ed. P.U.F., 1968.
*1- "Τάματα και τατουάζ / Ex-voto et tatouages", Νίκος Ξυδάκης / Nikos Ksydakis, in. Καθημερινή / Κathimérini- 28/04/2004. Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF)
*3- Πέρι τέχνης / Sur l’Art, Zoographies kai schedia de Péris Iérémiadis / Peintures et dessins de Péris Iérémiadis », ΝΙΚΗΤΑΣ Μ. ΧΙΩΤΙΝΗΣ / Nikita Hiotinis, préface, Editions Indiktos, Athènes,1998 Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF)
*4- Ο ζωγράφος Πέρης Ιερεμιάδις / Le peintre Péris Iérémiadis, Σπύρος Υανναράς / Spyros Yannaras, 2007 En français > (PDF) Στα ελληνικά > (PDF) *5- Πέρης Ιερεμιάδης (1939-2007), ζωγράφος / Péris Iérémiadis (1939-2007), Peintre, Αντώνη Ζέρβα / Antonis Zervas, in Η κυριακάτικη Αυγή / Kyrakatiki Avghi, 20 mai 2007 Στα ελληνικά > (PDF)
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4- «Le noble des couleurs» / «Ο ευγενής των χρωμάτων»
C’est par ce titre que Nikos Xidakis rend hommage, au lendemain de sa mort, à l’artiste et à son « sens de la couleur » : « Ses terres cuites, ses ocres, ses rouges vifs, ses noirs lumineux étaient uniques ». (cf. *1) Péris Iérémiadis : « Αν, ο ίδιος, έσκαβα σε λατομεία και έβρισκα εγώ ο ίδιος τα χρώματά μου τις σκόνες θα ‘μουν πιο κοντά στην ποίηση (η ζωγραφιά). / Si, moi-même, je creusais le sol dans une carrière, et si je trouvais, tout seul, mes couleurs, mes pigments, je serais plus près de la poésie (la peinture) ». (cf. *2) Chez Péris Iérémiadis, la couleur concentre toutes les dimensions du geste plastique et de la vision esthétique. Elle est vivante et sacrée. Elle est le résultat éclatant d’un mariage subtil et ésotérique entre matière, forme, qualité, élément, symbole, rapport, contraste, temps, espace, clair, obscur, plein, vide, transparence et opacité ; le fruit d’un jeu crucial qui s’apparente à ceux du forgeron et de l’alchimiste : « (…) la création est un sacrifice. On n’arrive à animer ce qu’on a créé qu’en lui transmettant sa propre vie (sang, larmes, sperme, « âme », etc.)». (Mircea Eliade, cf. *3)
Péris Iérémiadis «œuvre» des années à partir de la palette de Polygnote (rouge, jaune, noir et blanc), celle des peintures antiques et byzantines. Ses gammes joueront un rôle déterminant pour la suite de son travail. Il transmue les tons uniquement par le choix et la juxtaposition de certains tons. Cette étude donne lieu à la création de centaines de planches colorées sur papier et de nombreuses notes à décrypter.
La couleur ne joue jamais, chez Péris Iérémiadis, le rôle d’auxiliaire du dessin et n’a pas la vocation d’imitation (« couleurs descriptives »), et il suit sur bien d’autres points encore la voie empruntée par Matisse : « JE SENS par la couleur, c’est donc par elle que ma toile sera toujours organisée ». (phrase soulignée par P.I., cf.*4). On retrouve une même conviction quant à l’importance primordiale du jeu des rapports colorés en tant que base de la composition du tableau, ce au service de la lumière et de la profondeur. 
 « L’Art, c’est imiter avec précision la matière ». (P. Iérémiadis, cf.*5) La couleur ne remplit pas la forme, elle est d’emblée forme. Elle ne décrit pas la Terre, elle est terre, directement extraite de la grande matrice (Terra mater), source de vie et de fertilité. Le peintre la récolte lui-même en Attique. Elle a la couleur de la terre rouge des grands sanctuaires, du sang de la déesse. Elle est chair, constituée de glaise tour à tour sèche et solide, humide et liquide, travaillée au pinceau et au stylet, et finalement livrée à jamais aux caprices du vent. L’artiste la veut pure, sans mélange, la plus naturelle possible, suivant la leçon de ses maîtres.
« La couleur n’est jamais une question de quantité mais de choix (…). Une avalanche de couleurs reste sans force. La couleur n’atteint sa pleine expression que lorsqu’elle est organisée, lorsqu’elle correspond à l’intensité de l’émotion de l’artiste ». (H. Matisse, cf. *6) Avec le temps, la couleur cesse de se décliner et de se multiplier, elle se recentre sur l’essentiel, tel un suc, pour nous dévoiler des «ombres lumineuses». Un matin, il ne reste plus que le rouge, le noir et le blanc, l’ultime palette, celle de « l’envers » du décor (inversus), révélant, comme sur un négatif, l’anatomie souterraine et commune des objets, des plantes, des animaux, des pierres, des mots … 
 « La couleur contribue à exprimer la lumière, non pas le phénomène physique mais la seule lumière qui existe en fait, celle du cerveau de l’artiste ». (H. Matisse, cf. *7)
« Les choses ne sont obscures que superficiellement. Il faut pénétrer en elles, jusqu’au fond et rechercher la vérité, aussi amère soit-elle » (P. Iérémiadis, cf. *8) « Chaque pierre possède sa propre lumière, et chacune, son obscurité bien à elle ». (P. Iérémiadis, cf. *9) « [...] Frottis noir et blanc. Nous badigeonnons de noir une profondeur et nous creusons (approfondissons) la lumière avec le blanc. Nous ajoutons de la profondeur avec le noir.... (en retranchant nous assombrissons). […] Άλειμμα μαύρο και άσπρο. Αλείφουμε βάθος με το μαύρο και σκάβουμε (βαθαίνουμε) φως με το άσπρο. Προσθέτουμε βάθος με το μαύρο… (αφαιρώντας μαυρίζουμε) ». (P. Iérémiadis, cf. *9) « Au lieu d’enfermer les choses dans une composition parfaite, en les définissant, ce qui les tuerait en son sein et les transposerait en idoles, Iérémiadis les expose à ce qui les brûle et les fait naître. Exposition duelle, réceptive et libératrice du personnage, à la fois fatale et créative, qui célèbre la matérialité des choses tout en donnant l’impression que tout survient au-delà du temps et de l’espace - il s’agit du parcours de chaque existence, reçue dans un espace et un temps qui éternellement lui échappent, qui devient « fatalité divine ». (Ilias Papayannopoulos, Professeur de Philosophie et ami du peintre, cf.*10) K. Iérémiadis
« [...] Dans les intailles, la partie creuse étant saillante, on a une association du couple ombre-lumière, un peu de lumière dans la pénombre, beaucoup de lumière et un peu d’ombre, le jour et la nuit mêlés. […] Στους σφραγιδόλιθους όντας εξοχή το κοίλο πεδίο έχουμε μία αλληλουχία του ζευγαριού φως σκοτάδι, φως λίγο στο μισοσκόταδο και πολύ φως λίγο σκοτάδι, μέρα και νύχτα μαζί ». ((P. Iérémiadis, cf. *9)
Vue depuis Vlachydès (Egine) Ruine de Vlachydès (Egine)
« De nouveau aujourd’hui les grandes rides brillantes 
de la mer ». (P. Iérémiadis, cf. *9)
Sources : *1- Πέρης Ιερεμιάδης, Ο ευγενής των χρωμάτων / Péris Iérémiadis, Le noble des couleurs, Νίκος Ξυδάκης / Nikos Ksydakis, in. Καθημερινή / Κathimérini- 15/05/2007 Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF) In English> (PDF) Auf Deutsch > (image)
*2- Ημερολόγιο/Journal intime, Πέρης Ιερεμιάδης / Péris Iérémiadis, 02/06/2006. Exposition 2014, Athènes, Editions To Rodakio- Στα ελληνικά, version française. *3- Forgerons et alchimistes, Mircea Eliade, Ed. Flammarion, 1977, page 26 (souligné par Péris Iérémiadis). *4- Henri Matisse, Ecrits et propos sur l’art, par D. Fourcade, Ed. Hermann, p.195- citation soulignée par P.I.
*5- Για τον Πέρη / A Péris, Μανώλης Βελιτζανίδης / Manolis Velitzanidis, Ίνδικτος τεύχος 21 / revue Indiktos n°21, Athènes, 2006, p. 323, 324. Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF) Auf Deutsch > (PDF) *6- Henri Matisse, Ecrits et propos sur l’art, par D. Fourcade, Ed. Hermann, p.200 - citation soulignée par P.I. *7- Henri Matisse, Ecrits et propos sur l’art, par D. Fourcade, Ed. Hermann, p. 201- citation soulignée par P.I.
*8- Για τον Πέρη Ιερεμιάδη / Pour Péris- Σταμάτης Μαυροειδής / Stamatis Mavroeidis, Αυγή / Journal Aube, Απριλίου / avril 2006 Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF) *9- Ημερολόγιο / Journal intime, Πέρης Ιερεμιάδης / Péris Iérémiadis, 27/07/2006. Exposition 2014, Athènes, Editions To Rodakio- Στα ελληνικά, version française.
*10- Σημείωμα για την έκθεση ζωγραφικής του Πέρη Ιερεμιάδη / Notes sur les peintures de Péris Ieremiadis, Ηλίας Παπαγιαννόπουλος / Ilias Papayannopoulos (Professeur de Philosophie, Athènes), 2006 - version grecque, version française, version allemande. Στα ελληνικά > (PDF) En français > (PDF) Auf Deutsch > (image) In English> (PDF)
The painter
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